Récit à la première personne d'une quête vers le sauvage, dans ce massif montagneux où vit la plus grande population d'ours bruns en Europe.

L'Ours des Carpates,

Les Carpates seraient-elles le pendant européen des grands parcs nationaux de Yellowstone ou de Rocky Mountains aux USA? C'est la théorie qui a motivé se voyage en Roumanie.
La tête pleine des romans de nature writing des grands auteurs américains (merci les éditions Gallmeister),  c'est pour aller chercher au plus près le monde sauvage qui s'éclipse sous la vie contemporaine du vieux continent, que je me suis fendu d'un billet de train pour Braşov, Roumanie. 
J'avouais sans peine une certaine fascination pour les ours bruns. Ces alter-ego de l'homme, capable d'évoquer notre silhouette en se dressant sur leurs pattes arrières.

C'est à ma connaissance, la seule espèce animale susceptible de concurrencer les hommes sur le continent Européen. En effet, le risque de rencontre fortuite avec l'ours, est à lui seul suffisant pour modifier le comportement des personnes présentes sur son territoire. Cela en fait un marqueur déterminant du caractère sauvage d'une contrée.

OBB est la principale compagnie de train de nuit européenne. Comme elle est autrichienne, les nightjets, rayonnent donc à partir de Vienne. Ce qui est particulièrement adapté pour partir plein Est, au départ de Lyon. Cela nécessite de traverser la Suisse de part en part, puis l'Autriche. Toute la partie Nord de l'Arc Alpin se déploie derrière les vitres du wagon lors de ce voyage à travers l'Europe.

Une fois passé Budapest, le rythme des trains qui avancent maintenant à 50km heure, témoigne de mon arrivée dans l'Est de l'Europe. J'arrive finalement à Braşov après deux nuits de mauvais sommeil, en fin de matinée brumeuse mais ensolleillée, la tête farcie par ces deux jours de voyage.

Braşov est une jolie ville, que j'avais eu l'occasion de découvrir quelques années auparavant. Nichée au coeur de la Transylvanie - le pays de Dracula - elle est entourée de forêts profondes que quelques parcs nationaux mettent en valeur.
La forêt commence à quelques centaines de mètres du centre, dés la colline qui le surplombe. Il arrive que des ours descendent de la colline, pour fouiller les poubelles pleines de calories. Lors d'une promenade aux abords de la ville, je remarquais un homme assis sur un banc, son vélo à côté de lui, avec une selle recouverte de ce qui semblait être un morceau de peau d'ours... Bienvenue dans les Carpates!

Je restais en ville le temps d'achever les préparatifs. J'achetais une bombe au poivre en cas de mauvaise rencontre et je fis un test qui projetta un puissant nuage lacrymogène à 6 ou 7 mètres devant moi.

Déjà j'espèrais de tout coeur ne jamais avoir à m'en servir... Le timing doit être serré si un ours vous charge. Et il faudrait toujours la garder à portée de main. Plus facile à dire qu'à faire, en rando, avec un appareil photo à la main.
Une fois prêt, je suis parti pour quelques randonnées, sentir enfin la forêt et découvrir les alentours. La règle première est de faire du bruit en marchant. Les roumains se promènent avec des clochettes, des postes de radio ou des instruments de musique pour signaler leur présence. Il est également recommandé de rester sur les sentiers, et d'éviter de s'aventurer dans les bois à la tombée de la nuit au moment où les ours sont très actifs. Tout cela pour éviter les rencontres risquées avec le plantigrade, dans un contexte ou les attaques d'ours sont relativement fréquentes. La situation la plus dangereuse étant de les surprendre à une distance inférieure à leur distance de fuite. Tous les animaux sauvage ont une distance de fuite en dessous de laquelle, ils s'enfuient en voyant un potentiel danger. Cette distance, d'environ 20 mètres pour les ours, correspond à leur zone de confort. S'ils sont surpris en deçà de cette distance, ils risquent alors de se montrer agressifs. Ils est donc nécessaire qu'ils entendent les promeneurs arriver, pour s'esquiver avant d'être trop près.